Témoignages
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J’ai vu Oreste de Emmanuel Ostrovski. C’est un jeu d’ombres minimal dans une banlieue, dans une usine désaffectée, dans le noir et dans le blanc, presque immobile, dans un mouvement permanent très lent qui emporte complètement.
Ostrovski réalise quelque chose que je cherche aussi et qui serait comme un instantané déployé dans le temps, une contradiction dans les termes, l’émotion la plus grande. C’est encore de la répétition, qui donne une force à chaque écart, une musique pour la vue. Voilà pourquoi, je soutiens avec la plus grande conviction ce travail dont j’attends encore plus. » Christian Boltanski Artiste. «
Paris, le 3 juin 2002
En tant qu'anthropologue, je travaille depuis plusieurs années dans le domaine du religieux et plus particulièrement sur des situations d'apparitions. Dans de telles situations, le spectateur est placé dans le rôle de celui qui considère un autre ravi par une apparition qu'il ne peut lui-même voir. Et pourtant, bien qu'il ne voit pas, il ne peut se détacher de ce spectacle qui lui est soustrait mais dont il reçoit malgré tout la présence. Ce qui fait pour moi tout le prix des dramaturgies d'Emmanuel Ostrovski et de ses comédiens, c'est la capacité de ce groupe exceptionnel à, si l'on veut, représenter le « mystère », c'est-à-dire plus précisément à dévoiler, à travers la présence intense de l'acteur, la présence des absents. C'est précisément ce qui n'est pas directement représenté mais ce sans quoi la représentation serait impossible qui donne sa chair à ces spectacles et les rendent aussi fascinants. On est toujours étonnés et un peu déçus, en sortant d'un spectacle d'Emmanuel Ostrovski, de se heurter à nouveau au monde calculable dont il est parvenu à nous arracher l'espace de quelques heures. Il fait parti des très rares dramaturges qui ont su accomplir un théâtre de l'amour. Je veux que cette entreprise se poursuive et se développe et que l'on donne à cette jeune troupe les moyens de son accomplissement. » Elisabeth Claverie Anthropologue, Directrice de recherche au CNRS. «
Paris le 26 mai 2002,
Ma rencontre avec l'œuvre d'Emmanuel Ostrovski date d'il y a quelques années lorsqu'il a monté au Théâtre de l'Ile Saint Louis, Lambeaux de Charles Juliet. Je l'avais entendu tout à fait par hasard parler de son spectacle sur une chaîne de radio et ayant été très impressionné de ce qu'il disait du théâtre, j'ai décidé d'aller voir « Lambeaux ». La représentation durait cinq ou six heures et, pourtant, pas un instant, je n'ai eu le sentiment de sentir le temps passer. Le lendemain, j'écrivais à Emmanuel Ostrovski pour lui dire mon admiration ce qui me donna la chance d'avoir accès, les années suivantes, à plusieurs performances expérimentées auprès de publics restreints. La dernière à laquelle j'ai eu la chance d'assister est Oreste de Yannis Ritsos. Dans ce spectacle, l'esthétique théâtrale très singulière d'Emmanuel Ostrovski se déploie pleinement. Dans ses spectacles, un premier trait est frappant : il s'agit de l'écart entre une très grande économie de moyens et un effet de distance, d'aura, tout à fait impressionnant. Pratiquement sans aucun des artifices technologiques dont le théâtre contemporain use et abuse et, dans Oreste, à l'aide d'un éclairage qui n'est composé que de bougies ; dans des espaces exigus entraînant une grande proximité physique entre le public et les acteurs, le travail d'Emmanuel Ostrovski institue une distance infranchissable entre la partie de l'espace où se déploient l'action scénique et la partie de l'espace où sont les spectateurs. Pour moi, cet effet d'aura constitue l'essence même de la représentation théâtrale qui est de rendre intouchable ce qui s'est produit pourtant à portée de la main et se dévoile à la vue. Dans cette opération magique, au sens le plus strict du terme, beaucoup revient, non seulement à la scénographie mais surtout au travail minutieux qu'Emmanuel Ostrovski et ses comédiens font sur les corps et sur la voix comme prolongement sonore du corps. Chaque parole est restituée dans l'effort qu'elle exige, et par là, est comme arrachée au silence. La chose dite la plus anodine fait ainsi surgir la personne même de l'énonciateur et souvent sa souffrance. Cette troupe travaille dans des conditions très difficiles, il faut l'aider à trouver l'environnement qui lui permettra de développer ses nouveaux spectacles et aussi de les faire connaître. » Luc Boltanski Directeur d'études à l'EHESS. «
Paris, 6 mars 2006
C'était une vraie chapelle ardente, ardente du silence bruissant de mille présences, et ténues, ardente de vos corps, ardente de vos voix du dedans si travaillées à l'espace, lui même composé de lumière et d'ombre aux infinies nuances. C'était propice à une méditation telle que je me suis contenté d'être là, en ayant conscience que je devrai revenir, sinon en ce lieu qui va m'habiter longtemps, du moins avec vous pour l'éternité dans ce travail si à l'écart de notre monde en perte. Il y avait les balbutiements d'un point de départ nouveau, d'une relation à créer, par delà les souffrances. J'ai eu une souffrance moi aussi à laisser derrière moi le corps de l'acteur Joseph, précédemment appelé et pleuré par les entrailles de l'acteur Julien, Joseph étendu sur cette surface humide et qu'il avait néanmoins rendu accueillante à force d'y creuser ses pas chargés de toute leur conscience d'être fragile et dramatiquement humain. Des pas qui connaissent la solitude et qui ne se dérobent pas. Cette lumière de contrejour qui laisse voir le travail à l'œuvre, ces visages qui questionnent et cherchent à pénétrer l'invisible, ou le visible, si l'on veut un tant soit peut l'accepter tel qu'il est. Je n'ai pas été toujours à la hauteur de votre travail intègre, j'aurais aimé être plus présent; je ne suis pas sûr d'avoir été intime avec les mots de Guyotat, mais avec les voix qui les portaient, oui, à fond, du fond de chaque corps vivant. En fait, j'aurais aimé revenir et revenir et revenir, et ce n'aurait pas épuisé ma joie et les questions de la présence. C'était magnifique, les pigeons et le feu primitif, les rituels de lenteur, les ombres blanches, la lumière comme un tapis de sombre, le blanc et noir, les bougies mordorées et compagnons de l'obscur, tout cela en 50 minutes, apprendre à apprendre le temps qui passe et repasse, une merveille à laquelle j'ai assisté en novice et profond admirateur. Je vous remercie beaucoup, de chaque pore de ma peau qui a ressenti. » Jean-Pierre Duret Cinéaste. Ingénieur du son dans le cinéma. A venir sur ce site des témoignages
de Renée Samouël... |