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Matière-théâtre
« Il neige de l'autre coté du monde.
Le temps neige de l'autre coté du monde, effacant toutes ces choses qui sont à lui, comme s'il se niait lentement lui-même : et nous regardons choir cette neige silencieuse, seuls dans la salle basse avec un papillon mort. » Gustave Roud
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Que serait ce théâtre ? Un atelier où « entrer dans la lenteur du temps » comme le dit le peintre Balthus. Et il ajoute : « C’est toujours la même histoire qui se joue ici de force et de mystère. Comme un monde ouvert à sa propre nuit et où je sais qu’il faut s’attarder pour atteindre. » Oui, dans ce temps décalé, oublié, perdu, dans un lieu décalé, oublié, perdu. A l’écart du monde, dans la ville, enclos dans le silence là où palpitent les corps et les voix des acteurs, leurs présences.
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Atelier, lieu de l’abandon et du surgissement. Le frémissement, l’incertain d’une présence et cette évidence : ils sont là à n’en point douter. Des présences floues, des apparitions-disparitions. Travailler là, à cet endroit-là : ce tremblé, cette fragile présence d’un corps ; cette possible émergence du Verbe dans un corps. L’acteur seul, démuni, bégayant, balbutiant, cherchera le chant de la langue.
« Je recherche la chambre la plus profonde où l'on ne sait rien. Dans la tranquillité d'un mystérieux abandon, avec l'autre visage et le secret dans sa nudité inexpugnable et silencieuse... »
Antonio Ramos Rosa
« Lève-toi doucement, je te suivrai sans rien dire. Quelque chose d'immence par delà les murs nous appelle, quelque chose pour nous seuls commence où nous entrerons comme dans la mer. Côte à côte, le pas de nos chevaux brouillé par les façades ; côte à côte leurs bonds dans l'herbe vivante et l'herbe morte, le fouillament des ramures, le fin réseau d'ombres troué d'un seul saut ! »
Gustave Roud
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